« Qui a le droit de faire du country? »
C’est la question que nous lance Marissa Groguhé de La Presse suite à la sortie de l’album Cowbow Carter de Beyoncé.
Dans l’article, la journaliste raconte, avec justesse, que l’histoire du country est intimement liée à celle du blues et d’autres genres folk afro-américains et que « Beyoncé est loin d’être la première artiste populaire noire à faire perdurer le country dans son œuvre ». La légitimité de l’artiste ne semble donc pas être un problème ici — bien au contraire — et l’album est pour le moment très bien reçu par la critique.
On peut toutefois se demander si ce changement de cap radical sera aussi bien reçu chez les mélomanes : selon les résultats de ma plus récente publication, rédigée avec Danilo Dantas, Renaud Legoux et Marcelo Nepomuceno et publiée dans le Journal of Interactive Marketing, les changements radicaux de genre musical peuvent susciter une déception chez les fans les plus fervents.
Trop d’engagement + un changement de genre musical = des mélomanes déçus?
Dans cette étude où nous avons analysé les résultats des lancements de plus de 180 albums, nous avons constaté que lorsqu’un artiste qui possède de forts taux d’engagement sur les réseaux sociaux lance un nouvel album dans un genre bien différent, il se crée une importante déception chez les mélomanes les plus engagés et les résultats peuvent être catastrophiques, particulièrement sur le plan des écoutes en ligne.
Mais qu’en est-il lorsque l’artiste est déjà très bien établi ? Ou en d’autres mots, est-ce que Beyoncé, qui d’après Chartmetric est une championne de l’engagement, devrait s’inquiéter ?
La réponse est NON ! En effet, notre étude montre que si les mélomanes sont très exigeants avec les artistes en début et milieu de carrière, ils ne le sont pas du tout avec les artistes établis qui décident d’explorer de nouvelles avenues musicales. Ainsi, la réponse à la question « Qui a le droit de faire du country ? » est peut-être la suivante : n’importe quel artiste, à condition qu’il/elle soit déjà très populaire !
Je suis professeur en marketing à l’ESG UQAM. J’y forme la relève en communication marketing aux 1er et 2e cycles, dont les travaux sont mis en valeur sur ce blogue.


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